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Pour un Québec morbide

Beaucoup plus drôle et vrai que le précédent: pour un Québec morbide. Citation:

La population québécoise endure cette situation de blocage malgré son malaise. Les Québécois perdent leur vie au travail ; plusieurs n’atteignent pas l’âge de la retraite, les autres l’entrevoient comme un avenir inaccessible ; on leur fait payer des programmes sociaux que leur gouvernement remet sans cesse en question ; et on leur impose cette vie de merde à crédit, en plus. Tout cela est inhumain ; nous devrions avoir la vie la plus agréable, point. Soyons réaliste : demandons l’impossible! Assez de ce carcan! Nationalisons les banques et coupons la tête du patronat! D’ici quelques années tout au plus, leurs rêves seront brutalement interrompus par des coups sur la porte : c’est le grand soir!

Finalement, à lire, pour un Québec solidaire.

Commentaires

Commentaire: “Pour un Québec lucide”

Beaucoup de négatif et tout de même un peu de positif dans ce manifeste. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est alarmiste; les auteurs nous avertissent de l’arrivée imminente du huissier aux portes du Québec! Les finances publiques vont plutôt mal, soit, et certainement n’iront pas en s’améliorant; par contre de dire que si l’on implémente pas ces solutions (qui, il faut le dire, dans ce qu’elles ont d’explicites, n’ont rien de très révolutionnaires), on va faire face à la banqueroute, il y a deux.

Derrière un manifeste parlant de l’avenir des finances publiques du Québec, on sous-entend une idéologie du rôle de l’État.

On nous avertit qu’il faut faire du Québec un lieu inégalé de “liberté intellectuelle et économique”. La liberté économique sans borne, dans le contexte actuel, je m’en passes. Le capitalisme sauvage fonctionne bien avec des ressources illimitées, soit à peu près l’Europe du 19ème siècle. Mais les ressources sont limitées et le prix des marchandises ne correspond pas au coût social de ces mêmes marchandises. Un profit apparent se transforme rapidement en une dette pour la société lorsque la “création de richesse” engendre pollution, maladie, ou appauvrie plus de gens qu’elle n’enrichis. Le gouvernement doit continuer son rôle législateur afin de pénaliser le pillage corporatif et encourager l’éthique commerciale, malgré la baisse apparente de liberté économique.

Le manifeste nous parle des buts prochains de la république. Lesquels doivent-il être? Je cites:

  • Un : le Québec doit continuer à se développer, économiquement et socialement, afin d’assurer le mieux-être de ses citoyens.
  • Deux : le Québec doit demeurer une société distincte, capable de faire rayonner une langue et une culture françaises modernes en Amérique.

J’y voit deux failles fondamentales. Premièrement, on brandit le spectre du bienfait évident du développement économique pour le mieux-être des citoyens. Qu’est-ce qu’on entend par là? Faut-il voir que parce que le PIB augmente on rend les gens plus heureux? Est-ce que le québécois moyen n’a pas les “moyens” d’assurer son bien-être?

Le point de dérision

J’en profites pour en arriver à l’introduction gratuite d’un nouveau terme technique; “le point de dérision”. L’occident a atteint un développement économique tel que (moyennant un environnement politique favorable) chacun de ses citoyens a la possibilité, avec l’intervention de l’État comme redistributeur des richesses, d’avoir tous les ingrédients nécessaires à la satisfaction de ses besoins primaires. Et l’homme, voyant ce merveilleux accomplissement derrière lui, tentes de ce convaincre que ce qu’il a construit s’apprête à s’écrouler, et que la seule façon, dorénavant, d’assurer sa pérénité, est de reculer sur ses acquis et de détruire tout ce qu’il a construit. “Le monde n’est plus pareil, il faut s’ajuster”, nous dit-on. Soit, mais si cela veut dire tout foutre en l’air pour le plaisir des quelques-uns, je préfères vivre dans le passé.

La stratégie

L’homme stressé est un homme efficace. L’homme, devant l’angoisse de la mort, tentes par tous les moyens d’y échapper. On va au coeur de la motivation humaine lorsqu’on stresse l’homme et que l’on lui promet une mort certaine suivant une action X. On conditionnes l’homme à faire la putain pour assurer sa propre survie. Comme dans le riche occident, pour les classes moyennes, la survie (réelle) n’est plus problématique, on inventes des dangers imminents et on prévient, en oiseau de malheur, la mort économique s’il continue à faire ce à quoi il est habitué. Folie à un âge où la pérénité de tous devrait être possible considérant les ressources.

Affronter le futur

On nous prévient de l’arrivée imminente des Indiens et des Chinois. On nous promet qu’il sera impossible de maintenir le niveau de croissance actuel éternellement. Soit. Le marché terrestre est limité, il contient des ressources limitées, conséquemment, la croissance se terminera un jour, probablement dans les 100 prochaines années, sauf si l’homme fait le con (comme il l’a souvent fait dans le passé, dans le présent, et si la tendance se maintient, dans le futur).

Il faut donc moderniser l’offre, et quoi de mieux que d’augmenter l’investissement en éducation. J’applaudis cette proposition, jusqu’au point où on mentionnes d’où vient l’argent; des poches des étudiants. Là l’enchantement s’arrête. Le système québécois, avec ses bas frais de scolarité, encourage l’étude “par plaisir”, c’est-à-dire dans un but non de se trouver un emploi mais d’augmenter la connaissance. Cette particularité du système québécois est une des sources profondes du développement de la culture québécoise dans les milieux universitaires. L’État doit cesser de penser seulement en termes économiques mais doit voir dans son rôle une obligation de permettre la plus-value culturelle, de permettre à la société de se distinguer. Nous ne sommes pas uniquement des agents économiques, nous sommes des agents culturels, et il faut assumer ce rôle. Il faut également permettre la perméabilité des classes sociales avec un point d’entrée facile pour tous.

On nous rappelle que le québécois moyen prend sa retraite plus jeune, qu’il travaille moins que le nord-américain moyen. Voilà une occasion de célébrer! L’homme ne doit pas être l’esclave du travail; l’homme n’est pas une machine à remplacer lorsque la technologie le permettra.

Le moins pire

Augmenter les tarifs d’électricité, d’accord, il faut encourager l’utilisation responsable des ressources naturelles; même chose pour l’eau. Baisser la dette; bof, pas une mauvaise idée, mais rien de très très brillant non plus, surtout si l’inflation s’occupe de l’effacer (et on s’attend que les soubresauts de l’économie mondiale le fasse).

Conclusion

La première partie est alarmiste à souhait; la deuxième nous propose des solutions plutôt bénignes. Pour offrir une vrais alternative, il faudrait un programme plus complet, plus cohérent, et cesser de faire de la grande propagande pour pousser des mesures incrémentielles alors que les vraies réformes se cachent derrière les huis clos. Souhaitant que le Québec ne devienne pas l’Argentine!

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